Résidences de l’artiste en 2010 : Rennes-Bretagne ; Lisbonne.
Exposition en 2011
Commissaire d’exposition : Jürgen Bock
Reconnu sur la scène internationale, Allan Sekula est artiste, théoricien, historien de la photographie et écrivain. Son œuvre s’intéresse aux conséquences des changements économiques provoqués par la globalisation, de même qu’elle interroge la fonction de la photographie documentaire dans les médias, l’art et la société.
Utilisant la photographie couleur en relation avec des textes, Allan Sekula accorde une attention particulière à l’économie, thème généralement considéré comme incompatible avec le champ de l’art. Les critiques de la culture considèrent souvent que l’économie est une question négative et de peu d’intérêt, malgré que la culture ne puisse échapper elle-même à l’influence des forces du marché. Pour Sekula, il est hors de propos que la photographie soit reconnue comme un médium artistique autonome, au même titre que la peinture ou la sculpture. Selon lui, il est plus intéressant de considérer la modestie du médium et la possibilité qu’il offre d’atteindre le savoir par une observation attentive. De cette manière, la photographie est capable de décrire la vie économique à l’intérieur des paramètres des arts visuels, par le biais de ce qui est communément appelée le "documentaire". Sekula tente ici d’offrir une alternative claire à la culture de la photographie consacrée par le système contemporain des musées et des galeries, qui – selon l’artiste – prépare à un "futur antique", c’est-à-dire un futur condamnant l’art à se conformer aux reliques du passé.
En ce sens, Bertolt Brecht est d’une importance particulière pour la méthode de travail élaborée par Alan Sekula – une référence qui nous aide aussi à comprendre ses photographies. Brecht avait fait cette fameuse remarque qu’une photographie des industries Krupp ou AEG "ne nous dit rien (…) quelque chose doit être "construit". Alan Sekula déclare : "un point sous-jacent à Brecht est souvent oublié ou rejeté comme étant de peu d’intérêt pour la postmodernité : par exemple, la surface, la façade ou l’intérieur d’une architecture rendue par une photographie descriptive, ne révèle rien du système d’exploitation latent. Les relations sociales réifiées sont en un sens invisibles à l’empirisme ordinaire, et elles ne peuvent être comprises qu’en ayant recours à l’abstraction ou (…) par un mouvement ascendant qui va du concret à l’abstrait, puis qui redescend vers le concret".
Ces dernières années, Sekula a travaillé sur de longs projets documentaires inspirés par les événements politiques. Ces projets ont abouti à des séquences et des séries photographiques majeures que l’artiste accompagne d’une publication. Dans ces livres, la méthode de contextualisation des photographies est renforcée par les textes de l’artiste – textes toujours présents dans ses expositions – soulignant la division de l’œuvre entre écriture et production artistique.
Jürgen Bock