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LA POULE ENCHANTÉE
2002
Salon de cuisine.
De et avec : Matthieu DOZE, Simon HECQUET, Sabine
PROKHORIS.
"Le travail du rêve ne raisonne ni
ne calcule. (...) il se
contente de transformer." Sigmund Freud.
Ingrédients :
Matthieu DOZE, Simon HECQUET, Sabine PROKHORIS.
Quelques produits de la nature (?) : riz, bergamotes,
crevettes, sel,
fraises, poulets, rhubarbe, moules, etc.
Quelques produits de lart (?) : cinéma,
livres, musiques, etc.
Quelques créatures intermédiaires
(?) : animaux authentiquement baroques,
alambic, gingembre.
Quelques soucis contemporains.
Vous.
Avec tout cela, rêvez. Cest-à-dire
cuisinez. Cest-à-dire sentez, cherchez,
mélangez, combinez, déguisez, condensez,
déplacez. Transformez. Perdez, puis
retrouvez ailleurs. Vous goûterez le trouble
de l'inconnu reconnu. Qui vous
fait. Qui vous ressemble. Qui vous altère.
Vous aurez créé : cest-à-dire
ré-inventé.
Exposition
Campy Vampy Tacky, 21 mars - 27 avril 2002
Production La Criée centre dart contemporain

«
Cette performance, daprès une idée
de Sabine Prokhoris, a été conçue
et réalisée conjointement par Matthieu
Doze, Simon Hecquet, et Sabine Prokhoris.
Il sagit dune performance culinaire
: non pas seulement au sens où pendant
cette performance on ferait de la cuisine, mais
au sens où la performance elle-même,
telle quelle a été imaginée,
est le fruit dune opération quon
dira culinaire. À savoir que ce qui aurait
pu (dû?) être une conférence
sur la question des processus de transformation,
sur celle du partage, problématique, des
genres et des identités, une conférence
supposée nourrir la réflexion des
auditeurs, -à charge pour eux dinterpréter,
de "digérer", ce qui leur est
sous cette forme proposé-, sera devenu,
par un détournement -et donc une réinvention-
de la recette traditionnelle de la conférence
(questions, hypothèses, propositions, tout
cela adressé, dune façon préférablement
attrayante et "assaisonnée",
à un public convié à écouter
et réfléchir à partir de
là), une série dactions faisant
jouer, à travers lexpérience
que constitue la cuisine, les ingrédients
de la conférence possible.
Performance
culinaire aussi au sens où la "vraie"
cuisine est à son tour cuisinée
-détournée-, autrement dit combinée,
en vue deffets désirés mais
inanticipables, avec dautres ingrédients
qualimentaires au sens littéral.
La donne initiale est la suivante : la cuisine
- terme qui en français désigne
tant lactivité que le lieu où
celle-ci se déroule- est un espace processuel,
gouverné par un ensemble, relativement
complexe, de règles de transformations.
Cest en tout cas cela qui nous intéresse
prioritairement dans la conduite de cette performance.
Les produits réalisés (les plats)
seront envisagés comme des effets plus
ou moins excitants de cette série de mutations,
effets (plutôt que résultats achevés)
à leur tour points de départs dautres
effets : effets de digestion (ou dindigestion)
dans tous les sens du terme, effets de liens entre
les participants au repas partagé, effets
éventuels dinvention dautres
cuisines. En dautres termes, lenjeu
de lactivité culinaire, à
savoir les "mystères" de la métamorphose,
est ce sur quoi et avec quoi travaille la performance.
Mystères démystifiés, sauf
pourtant quant à linassignable identité
des effets de cette "magie", magie si
quotidienne, à la portée de tous.
Tout le monde peut cuisiner, parce que tout le
monde rêve. Car rêver, notre activité
de chaque nuit -plus ou moins loin de nous-, est
lexpérience psychique même,
déroutante à plus dun titre,
des processus de transformation / traduction /
combinaison / invention-réinvention, par
recyclages associatifs : recyclage des traces
mémorielles, y compris les plus furtives
et les plus fugitives, enclenché par le
recyclage des "restes diurnes", ces
fragments résiduels dimpressions
ou dévénements de la journée
écoulée, que le rêveur utilisera
comme matériaux -ingrédients tout
frais- pour sa cuisine onirique. En somme rêver,
ou lart daccommoder les restes...
Notre fil conducteur pour la performance culinaire
est, on laura compris celui-ci : lespace
culinaire est un espace de nature onirique ; ou
bien, inversement, le processus onirique est la
raison de la cuisine. Une raison alambiquée...
Ces remarques permettent déclairer
la façon dont sest articulé
le déroulement de la performance, collectivement
construite (cuisinée).
Collectivement,
cela signifie que nous nétions pas
tant trois "chefs" cuisiniers quen
quelque sorte les premiers ingrédients
de la performance. Car une action collective est
avant tout une certaine cuisine : le choix, heureux
ou moins heureux, de tel ou tel mariage, et quelque
fluide (recette à inventer pour chaque
configuration) afin de "lier la sauce".
La
performance, que précède un temps
de préparation accessible au public, écrit
et met en oeuvre tout au long de son déroulement
une recette, en dautres termes une partition,
quil sagira, tant pour les performers
que pour le public, dinterpréter.
Cela au moyen de différents ingrédients
proposés par la recette/partition, et que
celle-ci combine selon une logique de mariages
et dassociations. Ces ingrédients
sont : les performers , divers aliments par lesquels
ils seront désignés, des gestes
pour les accommoder, des tranches de films, des
bouts de textes, des morceaux de musiques. Chaque
moment de la recette/partition organise ainsi
une problématique, quil sagit
pour le public didentifier (comme on cherche
à identifier de quoi est fait le goût
dun plat). En même temps quau
cours dun moment émerge, grâce
à cette cuisine -ce jeu de combinaisons-,
une question, se déploie un parcours, qui
fait naître le moment suivant, cest-à-dire
une nouvelle question. La conférence comme
cuisine, donc, ou la cuisine comme conférence
(déguisée).
En même temps, de la "vraie" cuisine,
cest-à-dire la confection dun
plat, a lieu. Mais pour que le plat soit cuisiné,
ne faut-il pas se livrer à des opérations
du même ordre ? Combiner, associer, pas
nimporte comment, afin de parvenir à
créer quelque-chose, quelque chose qui
amuse, excite lappétit et la curiosité,
voire donne envie de cuisiner à nouveau
? La préparation du repas jouera donc,
dans la performance, comme une sorte de discours,
discours agi, qui nous parlera de ce qui se passe
dans lensemble de la performance. Mais ce
discours non verbal, ce récit matériel,
nous en parlera comme parle un rêve : sur
un mode figuré, donc à la fois entièrement
visible et déplacé, traductif :
par images et actions, très logiquement
articulées. Une logique plurielle, cependant
; une logique ouverte.
La
Poule enchantée, donc. Cest-à-dire
endormie, prête à rêver : à
laisser opérer le charme de la cuisine.
La performance commence par dire cela, au moyen
dun des premiers ingrédients quelle
utilisera. Performance qui se termine par une
séance de cinéma -du cinéma
cuisiné bien entendu- : le rêve est
sur grand écran. La performance aura été
un rêve partagé. Tout comme lest,
à sa manière, une conférence...
Autre genre dexercice, nous dira-t-on. Mais
quoi de plus poreux, de plus mixte, de plus "paëllesque",
que ce quon appelle le genre ? On dégustera
ensuite, à létat de veille,
-une veille qui serait le rêve/la performance
continuée par dautres moyens- les
"restes nocturnes", au cours dune
fête où lon mangera la performance
(pas les performers..., le "vrai" plat)
; la performance qui se poursuivra en cuisinant
divers ingrédients musicaux. »
Simon Hecquet
& Sabine Prokhoris
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